lundi 18 avril 2016

“Le Baron noir” ou comment enfin comprendre la politique…

"Le Baron noir" ou comment enfin comprendre la politique…

Si vous voulez comprendre la politique (surtout si vous êtes un jeune lecteur, donc une proie de choix car non encore édifié par quelques élections où on vous aura pigeonné dans les grandes largeurs), je vous recommande VRAIMENT de vous procurer la série de Canal Plus (par exemple 26 € ici pour 7 heures de plaisir, c’est presque donné).

C’est je pense ce que j’ai vu de mieux pour décrire le système politique, que je connais assez bien désormais.

Vous y verrez à quel point la réalité de la politique à niveau un peu élevé est à l’opposé total des valeurs professées (intérêt général, droiture, honnêteté…), mais, surtout, bien plus intéressant, vous comprendrez comment on en arrive là, de petites crasses répondant à des petites crasses, de sales coups répondant à des sales coups, à un tel point qu’au bout d’un moment on n’arrive même plus à savoir qui est responsable de quoi, et qui est le méchant, ni même si finalement il y a vraiment un méchant dans l’histoire, car il leur reste toujours un fond de valeurs…

Ainsi, vous comprendrez par exemple comment François Hollande en arrive à recevoir SIX FOIS en moins d’un an un type comme Jean-Luc Bennahmias (qui est quand même l’homme politique qui se rapproche le plus d’un trou noir) au lieu de s’occuper de choses sérieuses.

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Bref, une grande production française, qui parlera à beaucoup, j’en suis sûr…

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Cinq faits réels pour comprendre “Baron noir”, la nouvelle série de Canal+

Source, Le Huffington Post, Alexandre Boudet, 08-02-2016

Kad Merad et Niels Arestrup, les deux personnages principaux de la série Baron noir. | Canalplus

Kad Merad et Niels Arestrup, les deux personnages principaux de la série Baron noir. | Canalplus

POLITIQUE – Par séquence, on se croirait presque dans un documentaire. La série “Baron noir” diffusée à partir de lundi 8 février sur Canal+ plonge avec réussite dans les arcanes du pouvoir politique. À Dunkerque où le député-maire Philippe Rickwaert (interprété par Kad Merad) règne sur son microcosme comme les partis politiques aiment à les fabriquer, mais aussi à l’Elysée où Francis Laugier (Niels Arestrup) est un Mitterrand réincarné au temps de Twitter.

Certains verront dans cette fiction le “House of Cards” à la Française. Le scénariste Eric Benzekri dit s’être davantage inspiré des “Soprano” et de “À la maison blanche”. “L’élément déclencheur de ‘Baron noir’ est venu du constat de la troublante similitude entre ce que j’ai vécu en politique et ce qui est raconté dans ces deux séries”, explique celui qui a longuement milité en politique avant d’écrire des scénarios.

Familier des syndicats étudiants, il a longtemps gravité dans les sphères socialistes “auprès de députés, de ministres et même de candidats à la présidentielle”. Mais tous les téléspectateurs n’ont pas son expérience, voici cinq clés politiques pour ne rien manquer des subtilités du scénario.

La puissance de la fédération PS du Nord

Ce n’est pas un hasard si Philippe Rickwaert est un élu du Nord. Dans l’histoire récente du Parti socialiste, ce département ouvrier est un bastion incontournable dont le rôle est central dans les Congrès. Mais un bastion qui subit une lente descente aux enfers; amorcée avec la désindustrialisation (bien mise en lumière dans la série), elle s’est accentuée avec le retour au pouvoir de la gauche en 2012.

Cette dégringolade est parfaitement illustrée par l’année 2015. Au début des années 2000, la “Fédé du Nord” comptait 10.000 membres; elle n’en avait plus que 5200 quand en juin dernier les militants ont été appelés à choisir leur président. Minée par les défaites électorales (revers aux départementales puis aux régionales), la fédération connaît une saignée au niveau des élus, qui débouche sur de graves difficultés financières. Au point que la patronne du PS local a dû lancer un appel aux dons au début du mois de février.

Les nombreux fantasmes des offices HLM

Pour financer la campagne présidentielle de son mentor Francis Laugier, Philippe Rickwaert a puisé dans les caisses de l’office HLM de la ville de Dunkerque (dont il est un dirigeant de par sa fonction de maire). Idem pour les présidents de conseils généraux à l’échelle du département. Ces offices sont, depuis longtemps, au cœur des fantasmes mais aussi parfois d’affaires politico-judiciaires de financement occulte des partis politiques.

La plus médiatique concerne les HLM de la ville de Paris à l’époque Chirac. Il n’était pas question de loyers impayés comme dans la série mais de versement d’argent en échange de l’obtention de marchés publics. Les mis en cause ont assumé avoir versé de l’argent au RPR pour financer des campagnes électorales mais la justice n’a jamais pu prouver que le parti en a profité.

L’union de la gauche à l’épreuve des législatives

Dans la foulée de l’élection présidentielle remportée par le candidat socialiste, les élections législatives doivent lui permettre d’obtenir la majorité la plus large possible pour avoir les coudées franches pendant son quinquennat. Seulement, comme ce fut le cas avec François Hollande, Francis Laugier doit composer avec les alliés du PS, notamment les écologistes.

En 2011, un deal entre Martine Aubry et Cécile Duflot avait réservé une soixantaine de circonscriptions aux écolos dont une grosse vingtaine de gagnables. Dans la série, le fief de Philippe Rickwaert aurait pu en faire partie.

Pour ces législatives, l’autre point important dont il faut se souvenir, c’est la règle tacite qui veut qu’à gauche tous les candidats se désistent au second tour en faveur du candidat le mieux placé. D’où la volonté du “Baron noir” de tout faire pour parvenir à devancer son rival au soir du premier tour.

Les vieilles passerelles entre le PS et la CFDT

Les liens entre la CFDT et le PS que l’on voit dans l’usine Clamex sont moins forts que ceux qui unissent la CGT et le Parti communiste. Il n’en demeure pas moins qu’entre le syndicat réformateur et la rue de Solferino, le courant passe très bien. Et cela ne date pas du quinquennat Hollande durant lequel l’ancien délégué de Florange Edouard Martin est devenu eurodéputé PS et lors duquel Laurent Berger est devenu le principal partenaire des ministres du Travail ou de l’Economie.

Il faut se souvenir par exemple que l’ancien numéro 2 du syndicat Jacques Chérèque (père de François Chérèque) a été ministre du gouvernement Rocard en 1988. Si l’on remonte plus loin, lors du premier mandat de François Mitterrand, on estime que 21% des membres de cabinet du gouvernement Mauroy ont eu leur carte de la CFDT. Autre proximité PS-CFDT, celle qui a rapproché le socialiste Jacques Delors et le cédétiste Edmond Maire.

Un président, deux types de conseillers

Autour de Francis Laugier (Niels Arestrup), deux conseillers au profil antagoniste se font face. Philippe Rickwaert (Kad Merad) est un élu fils d’ouvriers bien implanté dans le nord de la France. À l’inverse, Amélie Dorendeu (Anna Mouglalis) est une énarque issue de la haute-bourgeoisie passée par la Commission européenne qui ne s’est jamais confrontée au suffrage universel.

Une répartition qui rappelle (de manière un brin caricatural) l’entourage de François Hollande pendant la dernière présidentielle; respectivement directeur de campagne et directeur de la communication, Pierre Moscovici et Manuel Valls étaient deux proches voués à devenir ministres (ce à quoi aspire Rickwaert) quand Aquilino Morelle (rédacteur du discours du Bourget) est devenu conseiller politique de François Hollande (à l’image de Dorendeu).

Source, Le Huffington Post, Alexandre Boudet, 08-02-2016

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