mercredi 25 mars 2015

Élections : le pathos de François Hollande

http://www.contrepoints.org/2015/03/25/202115-elections-le-pathos-de-francois-hollande

Par Claude Robert.


« Aujourd'hui la question c'est l'abstention » et « le score du Front
national », a déclaré le Président après avoir voté le matin lors des
élections départementales ce dimanche.

Cette phrase résume parfaitement le pathos actuel du pays, et pas
seulement celui d'une classe politique à bout de souffle et déconnectée
du réel. Elle contient d'ailleurs deux profondes mystifications,
parfaitement perverses, qui en disent long sur l'intégrité de notre
Président :

L'abstention n'est pas le problème, elle en est la conséquence !

Inciter les électeurs à voter, le matin d'une élection, alors que l'on a
passé plusieurs années de sa vie à leur mentir, d'abord au sein du PS,
puis ensuite à la tête de l'État, c'est tout simplement du cynisme. On
donne des leçons au peuple le jour des élections. Mais on le méprise
continuellement. Pendant la campagne présidentielle, on flatte ses
instincts les plus bas en promettant de prendre l'argent aux riches.
Puis devant l'échec patent de cette stratégie, deux ans plus tard, on
minimise les faits, on répète en boucle « je maintiens le cap » et on
fait diversion.

En France, il y a bien sûr beaucoup d'électeurs qui votent avec les yeux
et qui peuvent changer d'avis au dernier moment sur la bonne mine d'un
candidat. Il sont également nombreux, vierges de toute notion d'économie
(les enquêtes internationales comparatives nous placent en médiocre
position), à être capables d'enfourcher les promesses les plus mirobolantes.

Mais tout de même, ce taux d'abstention a quelque chose de tout à fait
positif par ailleurs. Il montre que les français lassés par les
mensonges à répétition et écœurés par cette morgue condescendante d'une
classe politique française d'un autre âge, sont légion. Celle-ci a
tellement failli à sa mission, elle a tellement enfumé le peuple qu'une
partie significative de celui-ci ne lui accorde plus aucune crédibilité.
Alors, pourquoi se déplacer vers les bureaux de vote ? Ces citoyens las
et découragés estiment que la démocratie ne fonctionne plus. Dont acte,
ils ne votent plus. Au moins, ils ne sont pas dupes.

Hélas, le message que les abstentionnistes envoient à l'attention de la
classe politique ne semble même pas susciter son inquiétude. Imaginons
un instant un Président honnête et intentionné. Devant de telles
prévisions de taux d'abstention, car ce n'est pas la première fois que
cela se produit, il se remettrait en cause. Il tenterait d'analyser son
bilan d'une façon objective, en s'y faisant aider si nécessaire, ou en
scrutant les avis des experts et autres économistes indépendants. Il
regarderait les chiffres du chômage, de la croissance et de
l'endettement. Et il ne se déroberait ni devant l'autocritique ni devant
ses propres responsabilités. Enfin, il ne nous parlerait pas du danger
de l'abstention ou du vote FN le matin des élections. Car il aurait fait
en sorte d'éviter d'en arriver là. Et il nous parlerait des vrais
problèmes : une compétitivité en berne, un chômage de masse, une
exclusion qui alimente le terrorisme (y compris religieux), un
endettement problématique.

Le vote FN n'est pas le problème, il en est la conséquence !

Parmi les gens qui n'espèrent plus rien de la classe politique, il y a
également ceux qui votent encore et qui se rabattent sur les partis «
antisystème ». Ce choix n'est pas stupide non plus, il obéit même à une
logique assez solide. À la différence d'un abstentionniste, un électeur
du Front National (comme du Front de gauche) espère en effet qu'il soit
encore possible de dynamiter la classe politique de l'intérieur, en
votant pour des partis trublions. Plutôt que de se laisser faire en ne
prenant plus part à la vie de la cité, l'électeur antisystème reste
actif. Du fond de l'isoloir, il envoie symboliquement des scuds à
l'attention des politiques dont il exècre le comportement. À coup sûr
son geste le soulage. Et lui donne probablement quelques frissons de
plaisir, ceux là-mêmes que l'on ressent lorsque l'on provoque plus gros
que soit tout en piétinant les règles de la bienséance.

Tout comme celle des abstentionnistes, cette stratégie comporte des
risques. Elle est évidemment naïve car elle fait le pari que les partis
trublions (Front de Gauche, Front National) sont capables de redresser
l'économie du pays. Or les programmes de ces deux partis, qui sont par
ailleurs très proches l'un de l'autre, sont basés sur des ficelles
grotesques et des recettes populistes qu'aucun économiste sérieux ne
cautionne. Pire, les promesses des deux Fronts sont mensongères. Car
personne dans ces deux partis n'avertit clairement l'électeur du coût
qu'il devra payer en cas de mise en place des mesures préconisées (parmi
ces omissions, la plus monumentale concerne de toute évidence la sortie
de l'euro).

Enfin, cette stratégie qui se voudrait disruptive, puisqu'elle vise à
virer l'oligarchie qui nous dirige, est récupérée par elle, et lui sert
de diversion. Ce jeu s'avère d'ailleurs paradoxal, et potentiellement
toxique. Car d'un côté, les électeurs excédés sont de plus en plus
nombreux à céder aux sirènes populistes. De l'autre, les politiques au
pouvoir brandissent de plus en plus le chiffon rouge. Ce qui ne peut
qu'exciter un peu plus l'électorat concerné.

Cela fait des années que les analystes sérieux disent qu'il est stupide
de stigmatiser le FN et ses électeurs car le succès de ce parti n'est
pas un problème mais une conséquence. Cependant, si la classe politique
continue de claironner ou de se diviser à son sujet, c'est sans doute
parce qu'elle y trouve un intérêt. Celui de faire diversion, et de ne
pas endosser ses responsabilités dans le déclin lent mais puissant de
notre pays.

La France, une apparence de démocratie

Ce qui est désolant dans cette histoire, et on en revient toujours à
cela, c'est qu'abstentionnistes et électeurs antisystème sont tous deux
les victimes d'une même manipulation. Et cette manipulation n'est pas
prête de s'arrêter. Pourquoi ? Parce que, en réalité, la démocratie
française n'est plus qu'une représentation symbolique de ce qu'elle
devrait être. La possibilité de pouvoir glisser dans une urne, loin de
toute influence, le bulletin de vote de son choix le jour d'une élection
nous berce d'illusion. Derrière cette apparence, un cercle vicieux s'est
emparé de notre pays. Il tourne à plein régime. Il se caractérise par
les phénomènes suivants :

– pendant les études secondaires, l'Éducation Nationale façonne des
générations d'étatistes, incultes en économie et en histoire mais épris
d'une fausse morale très idéologisée

– l'Université prend ensuite le relais chez bon nombre d'étudiants et
consolide cette morale qui ne dit jamais son nom mais qui impose un
système de valeur particulièrement pervers

– l'endoctrinement chez les adultes se poursuit grâce aux média dont la
plupart (74% des journalistes ont voté F.Hollande en 2012 !)
reproduisent les mensonges d'État sans la moindre retenue, tout en
diabolisant par la même occasion les idées libérales ou
socio-démocrates, ce qui empêche leur émergence

– la classe politique elle-même formatée par l'Éducation Nationale puis
par l'ENA, et confortée par la mainmise idéologique qu'elle a su
instaurer sur les médias, perpétue sans aucune difficulté le mensonge de
gauche auprès des électeurs

– les électeurs sont rares à comprendre les subtilités entre partis et
le réalisme des mesures qu'ils proposent. Les deux formations dites «
extrêmes » préconisent à peu près les mêmes solutions économiques
anti-libérales (et irréalistes) tandis que rares sont les leaders de
l'UMP à ne pas tenir le même discours que ceux du PS. Le barycentre de
l'offre politique se situe clairement et depuis longtemps au PS

– au-delà de quelques exceptions ponctuelles, l'abstention et le vote
populiste prospèrent (le taux de participation des départementales est
certes meilleur que prévu mais 49% des électeurs ne se sont pas déplacés
! Quand au score du FN, à 25%, il progresse et dépasse le PS seul)

– le gouvernement actuel, encore plus mauvais que les précédents, n'est
challengé ni par des partis concurrents crédibles, ni par des médias
critiques, ni par des électeurs à la fois actifs et avisés. Il a donc
tout le loisir de poursuivre ses atermoiements et ses errements
idéologiques…

article éradiquons le socialisme

Le grand perdant est la France. Les chances qu'elle puisse rompre ce
cercle vicieux ne s'améliorent pas. Chaque jour d'élection qui passe
présente un risque accru d'une poursuite de la politique suicidaire
actuelle, ou d'une prise de pouvoir par un parti populiste au moins
aussi frappadingue.

On peut supposer que dans cette relation circulaire néfaste impliquant
les quatre principales variables que sont [les partis politiques], [les
média], [l'éducation nationale] et [les électeurs], il faudrait qu'au
moins deux de ces variables changent en même temps, profondément, et
dans la bonne direction.

L'Éducation nationale n'a un effet qu'à long terme et ne constitue donc
pas le levier le plus réactif. De même qu'il serait tout aussi vain
d'espérer que les moins informés des électeurs se passionnent tout d'un
coup pour l'économie et l'état réel de notre pays.

Restent donc les deux autres leviers : les partis politiques, et les
médias. C'est de leur côté que se trouve un quelconque espoir d'une
sortie de cette spirale dangereuse. Ne suffirait-il pas en effet d'une
offre politique véritablement réformatrice, simultanément associée à un
désenvoûtement idéologique des médias, c'est-à-dire à un sursaut de
réalisme et de compétence de leur part ? Cela ne permettrait-il pas une
réaction salutaire chez les électeurs ?

On peut toujours rêver… De tels changements sont tellement improbables…



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